Madame la Ministre, votre silence devient violence #BudgetDuSilence
La CAC est en total accord et signataire officiel de cette lettre ouverte, rédigée le 20 janvier 2026 dans le cadre de la Mobilisation et Coopération Art Culture (MCAC) à l’initiative de l’Union des Fédérations des Structures Culturelles (UFISC).
Plus de cinquante organisations professionnelles des arts et de la culture y interpellent la ministre de la culture sur les coupes budgétaires qui menacent les initiatives culturelles citoyennes et associatives.
Une première interpellation a eu lieu sous forme de tribune le 4 décembre 2025 au nom évocateur « Le Budget du silence » et face à l’absence de réponse aux alertes répétées et à l’aggravation de la situation financière, elles réclament des engagements concrets pour protéger la diversité culturelle et l’emploi artistique dans les territoires.

LA LETTRE OUVERTE :
Madame la Ministre,
Il y a des silences qui en disent long.
C’est ce que nous affirmions collectivement au sein de la tribune « Le budget du silence », signée et relayée par plus d’une soixantaine de réseaux, fédérations et organisations professionnelles de la culture et de l’économie sociale et solidaire début décembre.
Initiée par Les Locales, avec le soutien de la Férarock et de Radio Campus France, dans le cadre de la MCAC – Mobilisation et Coopération Art et Culture, cette tribune a connu un large écho dans le secteur culturel, et bien au-delà. Elle n’a pourtant fait l’objet d’aucune réponse de votre part, ni de celle du ministre de l’Économie et des finances.
Pire encore : depuis, les signaux budgétaires s’aggravent. Les baisses annoncées frappent de plein fouet le secteur culturel citoyen dans sa diversité, ainsi que l’ensemble des associations et structures de l’économie sociale et solidaire.
Pourtant, le débat parlementaire sur le projet de loi de finances 2026 a montré qu’une autre voie est possible. Nombre de parlementaires se sont mobilisé·es pour sauvegarder notamment le champ culturel. Des amendements transpartisans ont été déposés pour renforcer le budget de la culture, déplafonner les taxes fiscales affectées au CNM, soutenir les lieux intermédiaires et les festivals, sécuriser l’été culturel, élargir le plan MPMD au-delà des seuls réseaux labellisés, créer un fonds de sauvegarde pour les politiques culturelles territoriales, ou encore soutenir les actions culturelles transversales ou d’éducation artistique et culturelle, notamment dans les territoires ruraux.
Le maintien de l’enveloppe du FSER au niveau de 2025, face au projet de coupe qui pèse sur les radios associatives, a été voté par le Sénat. Le relèvement des montants du FONPEPS, dispositif d’aide à l’emploi dans le spectacle, a quant à lui été voté par la commission finances de l’Assemblée Nationale en nouvelle lecture.
Ces signaux sont clairs : le Parlement exprime une attente forte de protection et de renforcement des politiques culturelles.
Nous vous demandons donc solennellement de soutenir ces orientations et d’assumer une ambition budgétaire à la hauteur des enjeux. Les coupes envisagées menacent en effet directement l’existence même du tissu culturel associatif, pilier de l’intérêt général, de la vitalité démocratique et de la cohésion territoriale.
En ce début d’année, le décret relatif au FONPEPS, s’il reconduit formellement le dispositif pour 3 ans, acte en réalité un recul majeur. Nous avons alerté à de nombreuses reprises sur la réduction de près de moitié de son budget et demandé de garantir un niveau de financement correspondant aux besoins réels du secteur, estimés à près de 60 millions d’euros. Or, le décret paru au 30 décembre 2025 abaisse les niveaux d’aide et introduit de nouvelles conditions d’accès, sans concertation aucune avec les organisations professionnelles. Cette décision aura un impact direct sur l’emploi artistique et culturel, sur la structuration des équipes et sur la vitalité culturelle des territoires.
Par ailleurs, les baisses des budgets du ministère de la Culture, notamment des programmes 131 (création) et 361 (démocratie culturelle) laissent craindre des arbitrages douloureux au niveau des DRAC. Déjà, des remontées de terrain nous alertent des risques de diminution voire de disparition de certains dispositifs cruciaux pour les structures les plus fragiles.
Nous aspirons à une ambition forte de votre part pour défendre la diversité culturelle, garantir la participation de toutes et tous à la vie artistique et culturelle et protéger les libertés associatives et de création.
À l’approche des élections municipales, un message clair doit être adressé aux élu·es des territoires : l’État doit cesser d’affaiblir les politiques culturelles d’intérêt général et, au contraire, les encourager, les protéger et les renforcer.
Madame la Ministre, nous attendons des actes forts, des engagements précis, des décisions concrètes et des réponses publiques.
Resterez-vous silencieuse face à la gravité de la situation et aux alertes massives du secteur culturel ?
