Pourquoi ce répertoire?

L’importance de la conférence climatique et ses limites

Les dérèglements climatiques se multiplient, la crise financière menace à nouveau, les libertés sont menacées par les manquements à la démocratie, le lien social régresse, les inégalités s’accroissent de façon exponentielle. 47 personnes détiennent aujourd’hui la moitié de la richesse mondiale, autant que 2,5 milliards d’habitants.

La conférence climatique qui s’est tenue fin novembre 2015 devait être décisive, mais le succès diplomatique annoncé cache en fait une déception concernant les ambitions climatiques. Les règles ne s’appliqueront qu’à partir de 2020, avec des contributions annoncées par les états conduisant à une élévation des températures de 3°C

Les O.N.G. mènent des batailles défensives portant sur la transparence, le passage direct des pays en voie de développement aux énergies renouvelables, etc. qui seront d’autant plus difficiles à mener. Elles mettent la pression sur chacun des pays pour qu’il adopte des règles plus contraignantes. Les prévisions montrent que les 5 prochaines années seront décisives pour contraindre les États à adopter enfin des mesures à la hauteur des enjeux. Faute de quoi l’essentiel des énergies militantes risque d’être demain accaparé par la gestion des catastrophes humanitaires et des situations d’urgence que nous commençons à connaître avec le traitement indigne réservé aux réfugiés et aux sans-papiers aujourd’hui.

Trois obstacles majeurs s’opposent à l’adoption des mesures nécessaires : l’intérêt des puissances financières et économiques raisonnant à court terme, et notamment le lobby automobile et énergétique, le poids des intérêts nationaux, mais aussi le consumérisme compulsif des riches et des classes moyennes, conditionnés par les médias et la publicité, et par l’idéologie du « chacun pour soi ». Ces 3 obstacles ne peuvent être vaincus que par un travail de persuasion et un combat politique qui repose sur tous les citoyens devant agir ensemble pour additionner leurs forces.

La mobilisation des citoyens est décisive

Dans ce contexte, la mobilisation du plus grand nombre des citoyens est décisive. Il est essentiel pour cela d’élargir au plus grand nombre la prise de conscience pour qu’elles s’aperçoivent des enjeux en présence mais aussi de leurs possibilités d’agir. D’ores et déjà, dans certains pays, cette prise de conscience a beaucoup progressé : aux États-Unis, la « people march for climate », le 21 septembre 2014, a rassemblé plus de 400 000 personnes à New York. En Australie, des pirogues bloquent les navires transportant du charbon. En France, le succès d’Alternatiba ainsi que le maintien des mobilisations citoyennes durant toute la durée des négociations, et ce malgré leur interdiction du fait de l’état d’urgence, constitue un signe important de l’essor d’une mobilisation nouvelle. Le symbole porté par des manifestations telles que celle des lignes rouge, le dernier jour des négociations doit perdurer.

Convaincre le plus grand nombre qu’on peut agir avec ses propres forces

Mais comment élargir le nombre des personnes mobilisées ? Avec l’expérience de nos associations, il apparaît que la première étape est de convaincre le plus grand nombre de nos concitoyens qu’il est possible et nécessaire de modifier leurs pratiques, et que cela est bénéfique pour eux en termes de santé, de moyens disponibles et d’équilibre de vie.

Nous avons donc commencé à regrouper des actions réalisables par des personnes ou des groupes comptant sur leurs propres forces, sans moyens publics. Il s’agit de montrer que chacun peut agir là où il est contre le réchauffement climatique et pour la transition écologique. Il ne s’agit donc pas, comme le font beaucoup de gouvernements, de renvoyer sur les décisions individuelles la responsabilité du changement climatique, mais de créer les conditions d’une mobilisation beaucoup plus large.

Le but de ce répertoire est également de montrer que les alternatives à la société de consommation et de croissance indéfinie sont des solutions joyeuses, conviviales et porteuses de sens et d’un nouvel art de vivre pour beaucoup d’entre nous.

Ce répertoire n’est qu’un moyen pour engager un travail de sensibilisation, de vulgarisation et de formation. Ce travail, pour être efficace, doit se démultiplier non seulement au sein de toutes les associations membres du Collectif des Associations Citoyennes, mais aussi de multiples réseaux et de groupes, en lien avec les collectivités, les lieux de rencontre, notamment les jeunes ainsi que les foyers. C’est pourquoi la 5ème partie de ce document propose quelques méthodes et outils favorisant cette démultiplication.

Nous espérons à travers cette démarche lutter contre l’obstacle majeur à la transition écologique que constitue le consumérisme effréné. Cela suppose un important travail d’éducation dans la durée. C’est pourquoi cet ouvrage n’est qu’un premier pas et doit être poursuivi et amplifié.

Retrouver une vision de la vie et de l’action humaine porteuse de solidarité et d’espoir

Nous empruntons les quelques lignes qui suivent à la préface de Pierre Rabhi au livre « Moins et mieux, guide de la consommation responsable » coordonné par Marie-Noëlle Budini (2011). « Dans une économie dont le principe général est de tout transformer en argent, l’être humain est manipulé pour être rendu insatiable. Tout est fait pour lui laisser croire que ses besoins ne pourront être satisfaits que grâce aux « toujours plus » – toujours plus de croissance, de pouvoir d’achat, de confort, de technologie, etc. –Pourtant, les biens les plus précieux de l’être humain ne sont pas des biens matériels dont on cherche à le gaver comme on gave les oies. Ce sont au contraire les valeurs de respect, de partage, d’échanges, d’entraide, de services, de gratitude, lesquels sont le véritable ferment de l’humanité.

« Fort heureusement, un nombre toujours grandissant d’individus deviennent de plus en plus conscients de l’absolue nécessité de remettre en question notre modèle de société et d’en changer. Ils ont la volonté d’agir, mais ne savent pas forcément quoi faire ni comment. Il est essentiel d’inciter chacun d’entre nous à agir à travers nos actes quotidiens, dans toutes les dimensions de notre vie par lesquelles, bien plus que de simples consommateurs, nous sommes non seulement des citoyens mais également des habitants, des voisins, des usagers, des employés, etc. Il est indispensable que chacun prenne conscience que les initiatives citoyennes sont des actes politiques, des actes de légitime résistance face à ces ogres contemporains que sont les multinationales, les institutions financières et leur avidité sans limite. Heureusement pour l’avenir de l’homme et de la planète, une autre vision de la vie de l’homme est possible, une vision humaniste, respectueuse de la nature et porteuse de solidarité, de convivialité et surtout d’espoir ».

Discerner comment des centaines de milliers d’actions construisent une alternative globale

Des myriades d’actions sont déjà mises en œuvre par des associations, des collectivités et des individus. La multiplication de ces actions, conjuguée à l’action des collectivités publiques, permet déjà de transformer les modes de vie, d’habitat et de consommation. Toutes ensembles, elles tracent les contours d’une alternative globale, d’une société responsable, soutenable, participative et solidaire.

Tout au long des exemples cités, nous voyons combien de très nombreux citoyens œuvrent déjà pour inventer des solutions pour vivre autrement, s’habiller autrement, économiser l’énergie, comprendre, développer des expériences collectives. Les principes d’action et les valeurs qui sous-tendent ces expériences ne sont pas seulement des utopies, mais des réalités dans le monde aujourd’hui. Ce sont celles dont nous aurons besoin pour construire demain une société à finalité humaine, lorsque les inévitables bouleversements que nous allons connaître devront déboucher sur une résilience.

Le changement climatique est déjà en marche, il ne s’agit plus désormais de l’empêcher mais bien de le limiter, et d’adapter nos modes de vies pour se préparer au mieux aux changements à venir. Au-delà des scénarios catastrophes d’évènements climatiques extrêmes, il faut s’attendre à des perturbations telles que la baisse des rendements agricoles, des crises financières auxquelles le système actuel, trop rigide ne peut s’adapter. Le pouvoir est entre les mains des citoyens, à qui il revient d’entamer la transition vers une société plus solidaire, résiliente, locale et heureuse.

[1] Sauf indication contraire, les températures annoncées au sein de ce document correspondent à une élévation des températures moyennes à la surface du globe, d’ici la fin du siècle par rapport à la période préindustrielle.