La nécessité d'informer, d'expliquer et de débattre
Plusieurs obstacles ont été évoqués, sur lesquels il faut informer, expliquer et débattre.
- Le premier obstacle est dans le manque d'information, alors que ni les pouvoirs publics ni les coordinations associatives ne sont favorables à un large débat.
- Beaucoup de gens y compris dans le monde associatif, ont intégré le discours dominant disant que l'action associative fait partie de l'économique.
- Beaucoup ont peur de s'engager de façon visible par peur des représailles dans la négociation de leurs conventions. Cette crainte est légitime de la part d'organisations qui ont charge de personnel, mais l'immobilisme auquel elle conduit est également suicidaire.
Un gros travail d'information est nécessaire, car les gens ne sont pas informés. Il faut lancer un débat qui aborde les questions fondamentales, en s'appuyant sur les réalités vécues par les associations sur le terrain et les exemples vertueux d'autres pratiques et d'autres relations avec les collectivités.
Pour cela, le collectif se propose de bâtir des outils d'information et d'explication en termes simples, accessibles, sans se centrer sur le détail du recours mais plutôt sur la question « Quelles associations voulons de demain ». La réponse à cette question n'est pas unanime, car les pratiques sont extrêmement différentes.
La terminologie doit être précisée
Selon Me Amblard, « nous sommes dans une situation paradoxale car de nombreux concepts sont inexpliqués ». Nous avons un gros travail à faire sur les mots, sur les concepts de base.
Au sens européen du terme, une entreprise est une entité qui exerce des activités économiques, c'est-à-dire qui vend régulièrement des biens et des services sur un marché. Au sens du droit interne une association est considérée comme ayant une gestion entrepreneuriale dès lors qu’elle emploie des salariés.
Est qualifiée d’organisme à but lucratif, au sens de l'administration fiscale française une entité qui exerce une activité concurrentielle sur un même marché et par l’usage de méthodes identiques à celles mises en œuvre par les sociétés commerciales ou autres entités fiscalisées. Pour la Cour de cassation, l’association a « un but lucratif lorsqu’elle partage ses bénéfices et non pas lorsqu’elle les recherche sans les distribuer ».
Le collectif se propose de faire dans un premier temps un état des lieux pour définir les concepts en vigueur, souligner les contradictions entre les textes, et parfois au sein d'un même texte.
La nécessité d'une typologie
Pour développer cette argumentation, il est nécessaire d'élaborer une typologie de l'activité des associations.
- Certaines ne fournissent aucun bien ou service à d'autres personnes que leurs adhérents, mais réalisent un projet associatif partagé grâce à l'activité bénévole de leurs membres. Elles devraient pouvoir recevoir librement des subventions publiques pour un montant supérieur à 200 000°€ sur 3 ans. Elles ne devraient pas relever pas de la réglementation sur les services mais plutôt de l'entraide. Leur statut n'est pas reconnu par l'administration fiscale, qui persiste à leur attribuer un numéro de SIRET.
- D'autres associations ont une activité économique au sens où elles font payer une participation à leurs activités, l'entrée d'un spectacle, etc. mais en agissant selon des principes non concurrentiels. La finalité de ces actions n'est pas la recherche du profit maximum, mais la nécessité de s'autofinancer. La diminution parfois importante des financements publics les y oblige et les pousse à agir comme des entreprises.
- En revanche, certaines associations ont abandonné progressivement leur objet social pour centrer leur activité sur la conquête de marchés. D'autres ont pris le statut associatif parce que celui-ci est commode. Il n'est pas gênant que ces associations aient de vraies activités économiques, et que certaines associations fonctionnent déjà comme des entreprises. Le statut associatif, qui permet cette diversité, ne doit pas être remis en cause. Mais l'accès aux aides publiques doit alors être différent.
De ce point de vue, la distinction opérée par la circulaire entre les associations est utile. Elle constituerait une avancée importante si les dispositions techniques des annexes étaient cohérentes avec le corps de la circulaire.
L'action associative peut être d'une nature différente
Il sera nécessaire de faire sur ces bases des propositions de modifications des lois, des règlements et des directives européennes pour que celles-ci tiennent compte de l'utilité sociale des associations et de la plus-value associative.
La nature du service rendu n'est pas la même lorsqu'une association poursuit un objectif de profit (avec des impératifs de rentabilité, de retour sur investissement, de parts de marché, etc.) et lorsqu'elle poursuit des objectifs de coopération, de solidarité, d'émancipation, d'épanouissement des personnes, de défense du bien commun, etc. en utilisant des méthodes en accord avec ces finalités, en s'interdisant certaines pratiques, en réalisant un travail dans la durée. Cette différence qualitative doit être reconnue par la réglementation. L’action ne se situe plus dans une logique économique mais dans une logique non économique d'intérêt général.
Cela peut conduire à demander à la puissance publique de réserver certains types d'actions à des associations ou entreprises à but non lucratif, quand les finalités poursuivies le rendent nécessaire. Certaines activités d'intérêt général ne doivent pas être développées dans le champ lucratif, comme par exemple ce qui concerne la petite enfance, la prévention. L’arrêt Sodemare fournit un point d'appui pour développer cette thèse au niveau de la jurisprudence européenne.
Collectivités et associations doivent agir ensemble
Un certain nombre de collectivités sont engagées dans un combat contre la réforme des collectivités, en cours d'examen au Parlement. Un recours a également été déposé auprès du Conseil Constitutionnel. Il est important de faire la jonction entre le combat mené par le collectif et celui de ces collectivités, ce que fera la table ronde prévue lors des rencontres de l'éducation citoyenne à Nancy. Mais quel que soit le résultat de ces luttes, les transferts de charges et le désengagement de l'État sont tels que les associations et les collectivités doivent inventer de nouvelles manières de travailler ensemble.
Or l'attitude des collectivités est très différente d'une région à l'autre, d'un département à l'autre. Certaines collectivités sont tout à fait favorables à la logique des appels d'offres et des appels à projets fermés, car elles ne voient elles aussi les associations comme des prestataires, ou des entités incontrôlables dont il faut se méfier. On constate aussi que les politiques de communication prennent parfois le pas sur l'action réelle. Les associations sont alors priées de faire de la « communication langagière ».
D'autres, au contraire, estiment que les associations sont seules capables d'inventer un certain nombre de solutions à des problèmes majeurs de la société, et constituent des pôles de résistance, des contributions au vivre ensemble, des lieux d'innovation sociale, etc qu'il convient d'encourager en accompagnant les projets associatifs. Les conventions pluriannuelles d'objectifs vont dans ce sens, mais elles n'ont pas seulement un objectif économique.Il est nécessaire d’engager une réflexion commune avec ces collectivités pour faire émerger d'autres logiques que celle de la marchandisation et pour construire ensemble des alternatives.
Mais il serait également nécessaire d'interroger certaines pratiques associatives, qui considèrent parfois les collectivités ou l'État comme des pourvoyeurs de subventions à qui elles n'auraient aucun compte à rendre, car « elles ont toujours fait comme ça ». Il est légitime que l'État et les collectivités aient des exigences sur l'utilisation de l'argent public et La qualité des projets associatifs. Ils doivent avoir pour cela des services compétents pour en juger, c'est-à-dire formés, connaissant le terrain.
En résumé, un véritable débat idéologique est nécessaire. La question centrale n'est pas celle du recours, mais la place que peuvent avoir les initiatives désintéressées des citoyens dans la société. Les associations citoyennes ont un rôle irremplaçable dans la société d'aujourd'hui et dans sa transformation pour qu'elle devienne plus humaine. Pour avancer, il faut approfondir les valeurs communes, préciser les critères, clarifier les termes, élaborer une typologie des actions associatives. Il ne faut pas craindre d'affirmer que les actions associatives peuvent être d’une nature différente car porteuses de valeurs, de méthodes d'une temporalité différente de celle des entreprises et ne peuvent donc pas être réduites à leur dimension économique. Il faut enfin construire de nouvelles relations avec les collectivités.